La répression de la dissidence : Comment les gouvernements du Moyen-Orient instrumentalisent les lois sur la cybercriminalité en temps de guerre
Alors que les conflits s'intensifient au Moyen-Orient, les gouvernements exploitent de plus en plus les lois sur la cybercriminalité et les médias pour réprimer la dissidence et contrôler le flux d'informations. Cette répression, présentée comme une défense contre la désinformation, cible aussi bien les journalistes que les citoyens ordinaires, soulevant des préoccupations quant à la liberté d'expression et à la responsabilité.
La guerre redéfinit non seulement les frontières, mais aussi les limites de la parole et du souvenir autorisés. Dans toute la région du Golfe, les gouvernements intensifient leurs efforts pour faire taire la dissidence sous couvert de lutte contre la « désinformation ».
## Journalisme sous pression
L'espace permettant aux journalistes d'opérer dans le Golfe se réduit. Des pays comme les **EAU**, le **Qatar** et la **Jordanie** ont restreint l'accès aux zones de conflit, émis des avertissements contre la publication d'images non autorisées et imposé des lignes rouges strictes à la couverture médiatique en temps de guerre. Cela entrave la couverture indépendante et promeut les récits officiels.
**Reporters sans frontières** a documenté une répression croissante des journalistes, notamment des restrictions de reportage, des menaces juridiques et des risques accrus pour ceux qui s'écartent des récits officiels. L'**ONU** a également mis en garde contre un approfondissement de la répression de l'espace civique et de la liberté d'expression dans la région.
## Criminaliser la parole, un post à la fois
Les internautes ordinaires sont confrontés à des restrictions tout aussi sévères. Depuis février, des centaines de personnes auraient été arrêtées pour des activités sur les réseaux sociaux liées à la guerre. De nombreux États du Golfe emploient des lois étendues sur la cybercriminalité et les médias qui criminalisent des infractions vaguement définies comme la « propagation de rumeurs » ou « l'atteinte à l'ordre public ».
À **Bahreïn**, les autorités auraient réprimé les personnes protestant ou partageant des images du conflit en ligne. Le **Gulf Centre for Human Rights** a signalé 168 arrestations dans le pays liées à des manifestations et à l'expression en ligne, avec des peines de prison potentiellement graves.
Aux **EAU**, les autorités ont arrêté près de 400 personnes pour avoir enregistré des événements liés au conflit et diffusé des informations jugées trompeuses. Les reportages liés à l'État présentent cette répression comme une défense contre la désinformation numérique.
L'**Arabie saoudite** a intensifié les restrictions, interdisant le partage de rumeurs ou de vidéos d'origine inconnue et décourageant les résidents de prendre ou de publier des photos. Une campagne avec le hashtag « la photographie sert l'ennemi » a été lancée. Des journalistes ont été empêchés de documenter les conséquences des frappes aériennes. Le **Koweït**, le **Qatar** et la **Jordanie** ont adopté des restrictions similaires.
Le ministère de l'Intérieur du Qatar a émis des avertissements contre le tournage, la diffusion ou la publication d'informations jugées trompeuses. Ces mesures démontrent comment la parole en temps de guerre est intégrée dans les systèmes juridiques existants pour punir la dissidence.
## Le manuel régional
La cohérence de ces mesures à travers différents pays est frappante. Les gouvernements de toute la région ont promulgué des lois générales sur la cybercriminalité et les médias au cours des quinze dernières années, qu'ils utilisent maintenant activement. Les mêmes outils sont déployés : lois existantes, interdictions de partager des images de guerre et restrictions plus strictes pour les journalistes. Les justifications du contrôle incluent la sécurité nationale, l'ordre public, les rumeurs et la stabilité sociale.
Cela constitue un manuel régional pour faire taire les critiques et réduire le champ des archives publiques. Les États du Golfe s'appuient depuis longtemps sur la censure et la surveillance, et la guerre n'a fait que rendre ces méthodes plus faciles à justifier.
## Des « espoirs numériques » au contrôle numérique
Les plateformes numériques étaient autrefois considérées comme des espaces d'expansion du discours public dans la région. Cependant, ces premiers « espoirs numériques » ont cédé la place à des systèmes de réglementation et de contrôle.
La répression actuelle poursuit cette trajectoire. Les États exploitent la guerre pour consolider des ambitions de longue date de dominer la sphère publique numérique.
Bien qu'il puisse être tentant de considérer ces mesures comme temporaires, les pouvoirs d'urgence deviennent souvent normalisés. Les précédents juridiques établis en temps de guerre sont fréquemment réinvoqués lors de crises futures.
Les enjeux sont élevés. Les réglementations et les politiques des plateformes peuvent faire disparaître la documentation des droits de l'homme en temps de guerre. Lorsque les journalistes sont contraints et que les images de témoins oculaires sont criminalisées, la responsabilité est affaiblie. Les arrestations généralisées entraînent l'autocensure.
Protéger la liberté d'expression pendant un conflit est crucial pour la responsabilité. Lorsque les gens peuvent documenter, rapporter et partager librement des informations, il devient plus difficile de dissimuler les abus derrière des récits officiels. Même en temps de guerre, défendre l'espace de la vérité est primordial.